LE SAVIEZ-VOUS? (3)

L’ Albatros hurleur (Diomedea exulans) plus efficace que la marine et sa surveillance aérienne!

L’ Albatros hurleur, c’est en fait le plus grand oiseau volant du monde avec une envergure moyenne de 3m50 (allant jusqu’a 3m70!) et pour un poids moyen de 8kg (allant jusqu’à 12 kg) et qui, comme beaucoup d’autres espèces de “grands oiseaux” à une longévité moyenne très élevée (environ 32 ans MAIS l’âge de certains individus a été estimé à 80 ANS!!!).

Albatros Hurleur (Diomeda exulans). Au sol, cet oiseau est aussi très imposant car il peut mesurer jusqu’a 1m35 de hauteur!. Par contre, ses ailes démesurées rendent les décollages et atterrissages quelques peu scabreux – Photo Rafael Armada

Alors pourquoi seraient-ils plus efficaces que la marine et dans quel but?

Les aptitudes de vols de ces oiseaux marins hors normes (qui ne vivent que dans l’hémisphère sud) sont telles qu’ils parcourent en long et en large les océans sur des distances hallucinantes (plus de 10 fois l’aller-retour jusqu’à la LUNE sur une vie… imaginez.. soit 10x 384.400 km….) et à des vitesses dépassants parfois les 80km/h . Cette faculté de déplacement en milieu aussi éloigné et “hostile” – que sont les océans -, de même que la biologie de cette espèce ont attiré l’attention des scientifiques… En effet, avec leurs yeux perçants en quête de nourriture (poissons et céphalopodes), ce sont les “sentinelles des océans”.

Photo de Florian Ledoux qui nous témoigne sa prise de vue: ” L’Albatros royal (Diomedea epomophora), l’un des plus grand oiseau du monde, en train de suivre notre voilier dans le passage de Drake entre l’Antarctique et l’Argentine, en Décembre 2018 (printemps).”

Henri Weimersckirch (ornithologue étudiant les albatros) a rendu ce titre de sentinelles “officiel” en recrutant les oiseaux pour patrouiller à la recherche des navires de pêche illégaux. Il a donc équipé, avec ses assistants, plus de 200 albatros de balises GPS minuscules, qui détectent les émissions radar des navires suspects. Les oiseaux peuvent donc transmettre les emplacements des bateaux.

MAIS COMMENT CA MARCHE?

Les bateaux sont sensés activer une balise (appelée AIS) qui permet à tout moment de les localiser. Bien sûr, certains pécheurs illégaux désactivent cette balise, surtout lorsqu’ils entrent dans des zones refuges ou interdites à la pêche. Il faut savoir qu’un poisson sur cinq proviendrait de la pêche illégale!! Cette pêche qui ne tient ni compte des quotas ni des espèces qu’elle capture met en péril énormément d’espèces et couteraient plus de 20 milliards de dollars par an à l’économie mondiale… MAIS pour se repérer, repérer les poissons et éviter les collisions, ces navires, même illicites, doivent activer leur radar. Ce radar n’est pas détectable à longue distance (quelques kilomètres seulement). Et c’est là que notre allié ailé entre en jeu!

Quoi de plus attirant pour un oiseau piscivore qu’un bateau de pêche… les albatros vont donc regarder les bateaux en espérant récupérer des restes ou éventuellement chipper une partie du butin. Et le petit GPS qui est sur leur dos permet donc de repérer la présence d’un bateau et de son radar. Les autorités doivent ensuite recroiser les infos des navires officiellement localisés et ceux que les albatros ont signalés … et tenez-vous bien quant aux résultats!!!

Sur 353 navires repérés par les Albatros, 28% avaient éteint leur balise! Autrement dit, presque un bateau sur trois était dans l’illégalité…

Quoi de plus splendide qu’un (juvénile) Albatros hurleur – Photo RAFAEL ARMADA

Merci messieurs les Albatros pour ce boulot “à risque”, mais qui permettra, on l’espère, de venir à bout de ces pratiques illégales.

Consommer, c’est voter, vous le savez, donc, même s’il existe des fraudes aussi sur les emballages, jeter un oeil sur la provenance des poissons que vous mangez est un premier pas vers la solution.

VOILA COMMENT UN OISEAU VIENT COMPLETER, VOIR DEVANCER, LA MARINE ET SA FLOTTE AERIENNE!

Merci pour votre attention et n’hésitez pas à partager si vous avez trouvé cela intéressant.

PHOTOS: pour cet article j’ai eu la chance d’avoir deux amis qui m’ont généreusement envoyé des clichés d’albatros. Je profite donc de votre lecture pour vous inviter à aller jeter un oeil sur leurs travaux! L’un est Espagnol et ornithologue de haut rang.. et je ne parle même pas de ses qualités de photographes: RAFAEL ARMADA (voir ici: https://www.instagram.com/rafaelarmada_wildphoto/) et l’autre est assez connu du public français et se prénomme FLORIAN LEDOUX qu’on ne présente plus pour son travail sur les pôles et son engagement pour la défense de ceux-ci (voir ici: https://www.instagram.com/florian_ledoux_photographer/). Je leur adresse un énooorme MERCI et qu’ils sachent que j’apprécie énormément leur amitié!

SOURCE: https://www.smithsonianmag.com/science-nature/albatrosses-outfitted-with-gps-detect-illegal-fishing-vessels-180974054/

“Il y a ceux qui partent en vacances. Et puis, il y a ceux qui partent en voyages”

Baptiste

Je ne résiste pas de mettre une galerie des quelques clichés que j’ai reçus tant ils rehaussent la qualité de ce modeste article.

LE SAVIEZ-VOUS? (2)

L’Alouette des champs (Alauda arvensis) nous a illustré l’impact de la politique agricole commune et illustré le beau concept d’ “Eco-politique”. Mais comment s’y est-elle prise?

Peu de temps après la chute du mur de Berlin (en novembre 1989), les ornithologues allemands des deux “côtés” de cette ancienne frontière, ont décidé de réaliser un atlas des oiseaux nicheurs de l’Allemagne réunifiée (Rheinwald 1993).

Dans cet atlas, on constata que la distribution des oiseaux agricoles, et des alouettes en particulier, était très différente selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de l’ancien « mur de la honte ». (ici, voir les points sur la carte, la taille des points est proportionnelle à la densité de population).

Après quelques rapides reflexions, notamment sur la remise en cause des méthodes de comptage, et surtout que cette différence entre les populations prenait une tournure “politique” de par le tracé correspondant réellement au mur, les scientifiques se sont donc tournés vers les politiques de management agricoles. Il est clair que les pratiques agricoles n’étaient bien sûr pas les mêmes à l’Est qu’à l’Ouest en 1989.

En Allemagne de l’Ouest, l’agriculture s’était intensifiée suite à la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne et était déjà dans l’ère que nous connaissons encore: l’intensification tant dans les techniques (densité de semis, motorisation, etc) que dans l’agrochimie (pesticides, et autres produits géniaux qui terminent en “cide” comme les fongicides (anti-champignons), rodenticides (anti-rongeurs .. si si ca existe), insecticides, …).

En Allemagne de l’Est, les pratiques plus anciennes, assez extensives – et moins efficientes – s’étaient maintenues. Plus proches de ce qu’on appelle l’agriculture BIO (avec peu d’intrants, si ce n’est de la sueur et une différence majeure près: des challenges techniques plus forts (nous ne sommes plus maintenant à l’ère de la traction chevaline, versus l’emploi massif de produits chimiques)

Si la PAC avait rencontré ses objectifs “louables” de pseudo autosuffisance alimentaire avec deux fois plus de céréales par hectare en Allemagne de l’Ouest qu’en Allemagne de l’Est, cette différence correspondait aussi à deux fois moins d’alouettes dans les champs de céréales de l’Ouest que dans ceux de l’Est.

Et voila, en partant d’une simple et noble idée de créer un atlas des oiseaux nicheurs d’Allemagne réunifiée, l’Alouette a démontré l’impact négatif de la PAC sur l’avifaune agricole (et probalement sur les autres espèces animales présentes en milieu agricole) et pourrait-on extrapoler qu’elle a illustré les bienfaits de l’agriculture dite bio sur la biodiversité, n’en déplaise à l’agriculture dites “traditionnelle” (mais dont le terme semble ici bien inapproprié?)

LE SAVIEZ VOUS?

Les Canards colvert (Anas platyrhynchos) sont des oiseaux communs, certes, mais sources de bien des étonnements quand on s’y intéresse d’un point de vue biologique.

Pourquoi la femelle de Canard colvert est presque toujours DEVANT le mâle quand ils volent?

Si vous êtes attentifs et régulièrement sur le terrain, vous avez déjà certainement constaté qu’à la fin de l’hiver et au printemps, plus particulièrement, il n’est pas rare de voir des couples de canards colvert qui s’envolent dans un ordre bien particulier: madame est toujours la première (avec derrière elle, un ou plusieurs mâles – qui parfois se chamaillent en vol pour avoir “la meilleure place” derrière madame).

Cette observation somme toute banale révèle un phénomène bien plus extraordinaire qu’il n’y parait: l’Abmigration…

Premièrement, pour les ornithologues les plus pointus parmi vous, vous savez qu’il n’existe pas de “sous-espèces” chez le colvert. Contrairement aux Bergeronnettes ou d’autres espèces d’oiseaux. Cela trouve sa réponse AUSSI dans ce phénomène d’abmigration.

NDLR: Pour ne pas avoir de “sous-espèces”, il faut que la population entière se brasse, se mélange, génétiquement parlant et donc que certaines parties d’entre elles ne soient jamais isolées (dans un prochain “Le saviez-vous?”, je parlerai de l’Endémisme qui résulte justement de cet isolement génétique).

Le Canard Colvert hivernent de ça et là mais, c’est lors de cet hivernage que les couples se forment (pas de fidélité entre partenaire d’une année à l’autre contrairement à d’autres espèces). C’est donc, AVANT de retourner sur leurs sites de reproduction que ces couples sont formés. Et c’est là que cela devient intéressant: les femelles colvert sont dites “philopatriques” – c’est a dire qu’elles ont une tendance naturelle à revenir se reproduire là ou elles sont nées (d’origine Greco-latine: la philopatrie c’est “aimer la terre de son père”). Alors que les mâles, eux, ils ne le sont pas.

On a donc un couple formé en hiver, sur un lieu d’hivernage quelconque (la camargue ou ailleurs) avec une femelle qui sait ou elle va, et un mâle qui lui, ne le sait pas. Et voila… la boucle est bouclée! Le mâle DOIT suivre la femelle qu’il a choisi, sinon il ne pourra pas se reproduire.

En image, on pourrait donc avoir une femelle estonienne avec un mâle hollandais qui se croisent en Belgique en hiver et le mâle ne le sait pas encore, mais il va devoir suivre madame jusqu’en Estonie pour se reproduire. Ce qui amène à l’autre aspect évoqué plus haut: l’absence de sous-espèces. Ce brassage génétique entre individus d’origines géographiques différentes élimine la possibilité d’une différenciation et donc, de l’apparition de sous-espèces! … Génial non?

Et voila, en partant d’une simple observation d’un vol de canard colvert, vous avez peut-être appris un nouveau terme: l’abmigration et vous pouvez désormais expliquer pourquoi madame est devant et pourquoi il n’y a pas de sous-espèces chez le canard colvert … merci dame nature!

A bientôt pour d’autres “brèves de comptoir” nature.

Baptiste