LE SAVIEZ VOUS?

Les Canards colvert (Anas platyrhynchos) sont des oiseaux communs, certes, mais sources de bien des étonnements quand on s’y intéresse d’un point de vue biologique.

Pourquoi la femelle de Canard colvert est presque toujours DEVANT le mâle quand ils volent?

Si vous êtes attentifs et régulièrement sur le terrain, vous avez déjà certainement constaté qu’à la fin de l’hiver et au printemps, plus particulièrement, il n’est pas rare de voir des couples de canards colvert qui s’envolent dans un ordre bien particulier: madame est toujours la première (avec derrière elle, un ou plusieurs mâles – qui parfois se chamaillent en vol pour avoir “la meilleure place” derrière madame).

Cette observation somme toute banale révèle un phénomène bien plus extraordinaire qu’il n’y parait: l’Abmigration…

Premièrement, pour les ornithologues les plus pointus parmi vous, vous savez qu’il n’existe pas de “sous-espèces” chez le colvert. Contrairement aux Bergeronnettes ou d’autres espèces d’oiseaux. Cela trouve sa réponse AUSSI dans ce phénomène d’abmigration.

NDLR: Pour ne pas avoir de “sous-espèces”, il faut que la population entière se brasse, se mélange, génétiquement parlant et donc que certaines parties d’entre elles ne soient jamais isolées (dans un prochain “Le saviez-vous?”, je parlerai de l’Endémisme qui résulte justement de cet isolement génétique).

Le Canard Colvert hivernent de ça et là mais, c’est lors de cet hivernage que les couples se forment (pas de fidélité entre partenaire d’une année à l’autre contrairement à d’autres espèces). C’est donc, AVANT de retourner sur leurs sites de reproduction que ces couples sont formés. Et c’est là que cela devient intéressant: les femelles colvert sont dites “philopatriques” – c’est a dire qu’elles ont une tendance naturelle à revenir se reproduire là ou elles sont nées (d’origine Greco-latine: la philopatrie c’est “aimer la terre de son père”). Alors que les mâles, eux, ils ne le sont pas.

On a donc un couple formé en hiver, sur un lieu d’hivernage quelconque (la camargue ou ailleurs) avec une femelle qui sait ou elle va, et un mâle qui lui, ne le sait pas. Et voila… la boucle est bouclée! Le mâle DOIT suivre la femelle qu’il a choisi, sinon il ne pourra pas se reproduire.

En image, on pourrait donc avoir une femelle estonienne avec un mâle hollandais qui se croisent en Belgique en hiver et le mâle ne le sait pas encore, mais il va devoir suivre madame jusqu’en Estonie pour se reproduire. Ce qui amène à l’autre aspect évoqué plus haut: l’absence de sous-espèces. Ce brassage génétique entre individus d’origines géographiques différentes élimine la possibilité d’une différenciation et donc, de l’apparition de sous-espèces! … Génial non?

Et voila, en partant d’une simple observation d’un vol de canard colvert, vous avez peut-être appris un nouveau terme: l’abmigration et vous pouvez désormais expliquer pourquoi madame est devant et pourquoi il n’y a pas de sous-espèces chez le canard colvert … merci dame nature!

A bientôt pour d’autres “brèves de comptoir” nature.

Baptiste

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