LE SAVIEZ-VOUS? (2)

L’Alouette des champs (Alauda arvensis) nous a illustré l’impact de la politique agricole commune et illustré le beau concept d’ “Eco-politique”. Mais comment s’y est-elle prise?

Peu de temps après la chute du mur de Berlin (en novembre 1989), les ornithologues allemands des deux “côtés” de cette ancienne frontière, ont décidé de réaliser un atlas des oiseaux nicheurs de l’Allemagne réunifiée (Rheinwald 1993).

Dans cet atlas, on constata que la distribution des oiseaux agricoles, et des alouettes en particulier, était très différente selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de l’ancien « mur de la honte ». (ici, voir les points sur la carte, la taille des points est proportionnelle à la densité de population).

Après quelques rapides reflexions, notamment sur la remise en cause des méthodes de comptage, et surtout que cette différence entre les populations prenait une tournure “politique” de par le tracé correspondant réellement au mur, les scientifiques se sont donc tournés vers les politiques de management agricoles. Il est clair que les pratiques agricoles n’étaient bien sûr pas les mêmes à l’Est qu’à l’Ouest en 1989.

En Allemagne de l’Ouest, l’agriculture s’était intensifiée suite à la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne et était déjà dans l’ère que nous connaissons encore: l’intensification tant dans les techniques (densité de semis, motorisation, etc) que dans l’agrochimie (pesticides, et autres produits géniaux qui terminent en “cide” comme les fongicides (anti-champignons), rodenticides (anti-rongeurs .. si si ca existe), insecticides, …).

En Allemagne de l’Est, les pratiques plus anciennes, assez extensives – et moins efficientes – s’étaient maintenues. Plus proches de ce qu’on appelle l’agriculture BIO (avec peu d’intrants, si ce n’est de la sueur et une différence majeure près: des challenges techniques plus forts (nous ne sommes plus maintenant à l’ère de la traction chevaline, versus l’emploi massif de produits chimiques)

Si la PAC avait rencontré ses objectifs “louables” de pseudo autosuffisance alimentaire avec deux fois plus de céréales par hectare en Allemagne de l’Ouest qu’en Allemagne de l’Est, cette différence correspondait aussi à deux fois moins d’alouettes dans les champs de céréales de l’Ouest que dans ceux de l’Est.

Et voila, en partant d’une simple et noble idée de créer un atlas des oiseaux nicheurs d’Allemagne réunifiée, l’Alouette a démontré l’impact négatif de la PAC sur l’avifaune agricole (et probalement sur les autres espèces animales présentes en milieu agricole) et pourrait-on extrapoler qu’elle a illustré les bienfaits de l’agriculture dite bio sur la biodiversité, n’en déplaise à l’agriculture dites “traditionnelle” (mais dont le terme semble ici bien inapproprié?)

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